Tout sur l’éruption solaire du 18 janvier 2026

Une éruption solaire de classe X1.9 survenue le 18 janvier à 18:09 TU (Figure 1) a engendré une tempête solaire très rapide dirigée vers la Terre, provoquant un orage géomagnétique qui a débuté dans la nuit de lundi à mardi. Cet orage a engendré de belles aurores qui ont été observées en France. Les Services nationaux d’observation de l’INSU (comprenant nos instruments sol – BCMT – et spatiaux et nos services de données MEDOC, CDPP, STORMS, ISGI), en étroite collaboration avec l’Organisation française pour la recherche appliquée en météorologie de l’espace (OFRAME), assurent une surveillance continue de ces phénomènes.

L’éruption solaire X1.9 a été suivie d’une éjection de masse coronale (CME) détectée par le coronographe français LASCO C2 sur la sonde SoHO (Figure 2). Cette CME présentait une morphologie en ‘halo’ signe d’une propagation vers la Terre; la vitesse initiale de la CME a été estimée supérieure à 2000 km/s. L’onde de choc en avant de la CME a accéléré un flux important de particules solaires, provoquant une montée soutenue des flux de particules avant l’arrivée du front d’onde. Au fur et à mesure de sa propagation vers la Terre, le flux de particules très énergétiques s’est intensifié. Le flux de protons est inégalé depuis 2003 avec des énergies supérieures à 10 MeV mais inférieures à 100 MeV (Figure 2). Les moniteurs à neutrons opérés par la France à Kerguelen et Terre Adélie (ainsi que le réseau mondial de moniteurs) n’ont pas détecté de sursaut soudain de particules au sol confirmant que l’énergie des particules accélérées était inférieure à 500 MeV. L’impact de la CME à la Terre fut mesuré par les moniteurs à neutrons par une décroissance de Forbush correspondant à une baisse de l’intensité du rayonnement cosmique galactique durant le passage de la CME.


L’onde de choc a atteint la proximité de la Terre vers 21:20 TU hier soir, avec une vitesse mesurée à l’arrivée d’environ 1000 km/s et une intensité de champ magnétique supérieure à 50nT (Figure 2). Une impulsion magnétique soudaine a été observée sur l’ensemble des observatoires magnétiques au sol à partir de 19:14 TU, coïncidant avec des fortes variations de la direction du champ magnétique interplanétaire en amont de l’onde de choc (Figure 2). Cette impulsion a été maximale sur l’Afrique avec une variation de 178 nT en une dizaine de minutes, tout à fait exceptionnelle pour ce type de phénomène.
Les variations magnétiques mesurées au sol dans les heures suivantes (Figure 2) ont donné lieu à de hautes valeurs des indices d’activité magnétique (aa: 502 nT; am: 533 nT; Kp = 9-; Ds: -158 nT).


L’évolution de cette tempête solaire présente les signatures classiques d’une CME : après l’impact initial de l’onde de choc, qui a marqué le début de l’orage géomagnétique, nous traversons à l’heure du présent communiqué (14:00 TU) le nuage magnétique de la CME (Figure 2), dont la vitesse et le champ magnétique complexe contribuent à maintenir un niveau d’activité géomagnétique élevé. En dépit d’un champ magnétique interplanétaire généralement resté orienté vers le nord pendant la phase principale de l’orage, le couplage avec le champ géomagnétique a été très fort. L’orage géomagnétique aurait pu être encore plus conséquent s’il s’était orienté vers le sud.  

Des aurores intenses ont été observées aux latitudes moyennes en particulier en France. Cet orage est un cas d’école, avec une CME très rapide, qui était dirigée en direction de la Terre. Contrairement aux événements qui avaient également donné lieu à de belles aurores en mai 2024, cet événement-ci comprenait une seule et unique CME, et ne risque donc pas de se prolonger. Toutefois, le Soleil reste très actif et la tâche solaire ayant généré cette tempête est encore proche du méridien central et pourrait produire d’autres tempêtes solaires dirigées vers la Terre.


Le bulletin automatisé mis en place par l’OFRAME a permis un suivi continu de la situation, mettant en évidence le dépassement des seuils d’alerte pour les tempêtes de radiation solaire, les coupures radio et les orages géomagnétiques (Figure 4 et Figure 5).

Abbréviations

  • OFRAME: Organisation Française de Recherche Applicative en Météorologie de l’Espace.
  • NOAA: National Oceanic and Atmospheric Administration.
  • CME: Éjection de Masse Coronale.
  • TU: Temps Universel.
A gauche : image en ultraviolet extrême à 13,1 nm de la couronne solaire par l’observatoire de dynamique solaire (SDO) avec l’émission forte durant l’éruption solaire X1.9 (flèche jaune). A droite: image obtenue par le coronographe LASCO C2 sur la sonde SOHO de la CME et de son ‘halo’ (flèches rouges) indiquant une propagation vers la Terre.
Éruption dans toutes les longueurs d’onde (panneaux du haut) + zoom sur la région concernée (panneaux du milieu). Le panneau de gauche (HMi continuum) montre le groupe de taches solaires responsables de l’éruption. Le panneau suivant montre le champ magnétique associé (HMI magnetrogram). Les trois panneaux suivants montrent l’éruption eu Extrême Ultra-Violet (EUV) dans trois couches différentes de l’atmosphère solaire (couronne haute, couronne basse, chromosphère). 
Données solaires, interplanétaires et géomagnétiques résumant l’évolution de la tempête solaire puis de l’orage géomagnétique associé. (a) rayonnement X mou mesuré par les satellites GOES, (b) rayonnement X dur mesuré par l’instrument STIX sur Solar Orbiter, (c) flux de protons mesuré par les satellites GOES, (d) mesures du champ magnétique interplanétaire obtenues par le satellite DSCOVR au point de Lagrange L1, (e) la vitesse du vent solaire et l’arrivée de l’onde de choc de la CME, (f) l’intensité du champ magnétique mesuré à Chambon-la-Forêt, (g) indices géomagnétiques aa et kpa, (h) indices géomagnétiques am et kpm.
Simulation numérique de la tempête solaire (CME) et de son onde de choc approchant la Terre avec le modèle magnéto-hydrodynamique 3-D Heliocast développé et opéré par le SNO STORMS. Au temps tracé ici, 19 janvier 2026 09:00UT, le front de la tempête solaire est à mi-parcours entre le Soleil et la Terre. La quantité tracée est la densité du plasma corrigée pour l’expansion radiale. 
Exemple de bulletin de météorologie de l’espace de l’OFRAME, généré automatiquement le 20 janvier 2026 à 07:15 TU.
Bulletin de l’OFRAME: niveaux atteints par les paramètres caractérisant l’intensité les tempêtes de radiation solaire, les coupures radio et les orages géomagnétiques selon les échelles de la NOAA.
Détection automatique de l’impulsion soudaine sur la magnétosphère à 19:14:55 UTC les 19/01/2026 à partir des mesures de 11 observatoires magnétiques.
Variations de l’intensité totale du champ magnétique terrestre mesuré au sol dans 4 des observatoires du BCMT : Chambon-la-Forêt (France), Edéa (Cameroun), Papeete (Polynésie Française), Phu Thuy (Viet Nam).

Laboratoires impliqués

  • Institut de Recherche en Astrophysique et planétologie (IRAP – OMP)Tutelles : CNRS / CNES / Univiversité de Toulouse
  • Institut d’astrophysique spatiale (IAS – OSUPS)Tutelles : CNRS / Univ. Paris Saclay
  • Institut de planétologie et d’astrophysique de Grenoble (IPAG – OSUG)Tutelles : CNRS / UGA
  • Laboratoire d’Instrumentation et de Recherche en Astrophysique (LIRA -Observatoire de Paris – PSL)Tutelles : CNRS / Obersvatoire de Paris – PSL / Sorbonne Univ / Univ Paris Cité
  • Institut de physique du globe de Paris (IPGP)Tutelles : CNRS / IPG / UNIV PARIS CITE
  • Laboratoire de physique et chimie de l’environnement et de l’Espace (LPC2E – OSUC)Tutelles : CNRS / CNES / Univ. Orléans
  • Laboratoire de physique des plasmas (LPP)Tutelles : CNRS / Ecole Polytechnique / Sorbonne Univ
  • Laboratoire Astrophysique, Instrumentation, Modélisation (AIM – OSUPS)Tutelles : CEA / CNRS / Univ Paris Cité
  • ONERA
  • Univ. de Strasbourg

Ressources complémentaires

  • En savoir plus sur les implications avec la liste de toutes les laboratoires impliqués dans la coordination scientifique de l’OFRAME : https://meteo-espace.irap.omp.eu

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