L’université accueille une nouvelle astronome-adjointe à l’IRAP (OMP)

Parmi les métiers que l’on retrouve à l’université, enseignants-chercheurs, techniciens, bibliothécaire, etc., peu connaissent celui d’astronome et astronome-adjoint. Ce corps de métier à statut particulier s’exerce notamment au sein d’universités disposant d’un observatoire des sciences de l’univers (OSU), ce qui est le cas de l’université Toulouse III – Paul Sabatier avec l’Observatoire Midi-Pyrénées. Découvrez l’interview d’Audrey Coutens, astronome-adjointe à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap/OMP – CNRS/CNES/UT3 Paul Sabatier) depuis le 1er janvier 2021 et lauréate d’une bourse ERC Starting Grant pour son projet Chemtrip.

Audrey Coutens, jeune chercheuse à l’IRAP

Vous avez été recrutée à l’Irap en tant qu’astronome adjointe. Pouvez-vous nous expliquer la particularité de ce corps de métier et quelles en sont les missions ?

Les astronomes ont trois missions principales : mener des activités de recherche, réaliser des tâches scientifiques d’intérêt général liées à des services d’observation et enseigner. La particularité de ce corps de métier, par comparaison aux chercheurs CNRS et enseignants-chercheurs à l’université, se situe au niveau de leurs tâches de service comptant pour environ un tiers du temps. Pour vous donner un exemple, ma tâche de service consiste à participer au développement d’un logiciel d’analyse de spectres astrophysiques déjà existant, CASSIS (http://cassis.irap.omp.eu/), pour la visualisation des cubes de données hyperspectrales, c’est à dire qui contiennent à la fois les informations spatiales et spectrales de l’objet étudié.

Quel a été votre parcours jusqu’ici ?

J’ai effectué toutes mes études à l’Université Toulouse III – Paul Sabatier, d’abord une Licence en physique fondamentale suivie d’un Master en astrophysique. Ma thèse s’est ensuite déroulée à l’Irap où j’ai analysé et modélisé des données de l’eau obtenues avec l’Observatoire Spatial Herschel. Le but était de mieux comprendre l’origine de l’eau dans les régions de formation stellaire et d’apporter des éléments de compréhension sur l’origine de l’eau sur Terre. Je suis ensuite partie en postdoctorat à l’étranger. J’ai commencé par un postdoctorat à l’Institut Niels Bohr de Copenhague, puis j’ai enchaîné avec un postdoctorat à University College London avant de rentrer en France en 2017 pour un postdoctorat au Laboratoire d’astrophysique de Bordeaux. Ces postdoctorats ont été pour moi l’opportunité d’étendre mes compétences. D’une part d’un point de vue observationnel en travaillant avec des données interférométriques, dont celles des instruments ALMA (Chili) et NOEMA (France). Et d’autre part d’un point de vue de la modélisation en utilisant des simulations numériques, codes de chimie gaz-grain avancés, pour caractériser la formation des molécules et leur évolution dans les régions de formation stellaire. A Bordeaux, j’ai réussi à obtenir un financement ANR pour mener mes propres recherches et j’ai, peu de temps après, obtenu un poste d’astronome adjoint à l’Irap et un financement européen ERC Starting Grant

En quoi consistent vos recherches actuelles ? 

Mes recherches sont en lien avec deux grandes questions des domaines de la formation stellaire et de l’astrochimie : la formation de notre système solaire et les origines de la vie. En tant qu’astrochimiste, je cherche à déterminer quelle était la composition chimique du milieu dans lequel baignait le Soleil au moment de sa formation. Pour cela, j’observe des étoiles en formation, appelées proto-étoiles, de type solaire. Je m’intéresse tout particulièrement aux molécules essentielles à la vie comme l’eau et les molécules organiques complexes interstellaires (plus de 5 atomes), notamment celles qualifiées de prébiotiques. Je recherche les transitions de ces molécules dans les spectres de proto-étoiles et parviens ainsi à découvrir des molécules pour la première fois dans ce type de sources (par exemple NH2CN et CH3NCO) et même dans le milieu interstellaire (HNO2). En analysant les spectres, je peux en déduire des informations sur les régions d’émission comme la température, la densité et l’abondance des molécules. En complément, les codes de chimie me permettent de contraindre les voies de formation de ces espèces et comprendre à quel moment de la formation stellaire et dans quelles conditions ces molécules se sont formées.

Jusqu’à récemment, je me consacrais principalement à des proto-étoiles particulièrement jeunes, dites de Classe 0. Je cherche maintenant à caractériser l’évolution de la chimie pendant le processus de formation stellaire en étudiant des proto-étoiles à des stades un peu plus évolués de Classe I. Ceci a pour but de faire le lien entre les premières étapes de la formation stellaire et le moment où les planètes se forment. Et ainsi de déterminer quelles molécules ont pu être incorporées aux planètes ainsi qu’aux autres objets de notre système solaire, comme les comètes et astéroïdes, et potentiellement participer à l’apparition de la vie sur Terre. Ceci sera l’objet de mon projet ERC Chemtrip qui débutera en septembre.

Vous êtes désormais chercheuse à l’Irap, laboratoire membre de l’Observatoire Midi-Pyrénées, que vous apporte ce nouvel environnement dans la réussite de vos recherches?

L’Irap est un des plus importants laboratoires d’astrophysique de France. De nombreux projets y sont menés ce qui lui confère une dynamique forte. C’est toujours un plaisir de travailler dans de tels environnements. L’Irap est, de plus, le laboratoire où j’ai effectué ma thèse. C’est bien évidemment plus facile pour moi de trouver mes marques et aussi très agréable de retrouver mes anciens collègues que je n’avais pas vus pour beaucoup depuis longtemps. J’espère maintenant avoir le soutien nécessaire de l’université dans la gestion de mon projet ERC et ainsi pouvoir me consacrer à sa réussite scientifique.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune lycéenne / étudiante qui aimerait se lancer dans une carrière de chercheuse mais n’ose pas ?

Mon premier conseil serait de ne pas avoir peur de se lancer. Le parcours peut paraître long et complexe, mais il faut prendre les étapes petit à petit et voir où elles nous amènent. Ce n’est pas toujours facile et il est normal par moment de se poser des questions. Mais si elle aime ce qu’elle fait, il faut vraiment persévérer et ne pas se laisser décourager par des discours parfois négatifs. Je lui conseillerais aussi de toujours faire preuve de curiosité et de saisir toutes les occasions qui se présentent pour acquérir de nouvelles expertises. Pour finir, je pense que le plus important est qu’elle suive ses envies et fasse de son mieux pour ne rien regretter.

Entretien réalisé par Hélène Sovignet-Pont, Chargée de communication – Relations presse à l’Université de Toulouse III.

Ressource complémentaire

Contact IRAP

  • Audrey Coutens, audrey.coutens@irap.omp.eu

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